10h30……….

Nous voici arrivés dans un des hauts lieux du golfe, entre les îles Berder et Er gazeg, l’île de la
jument.
Nous franchissons le passage mythique avec un peu d’émotion.
Il faut le redire…. le courant de la jument est le deuxième courant le plus puissant d’Europe.
Il peut atteindre 9,1 nœuds !! imaginez une vitesse de 4 mètres à la seconde (un peu comme
si une rivière coulait en plein milieu de la mer). Et pour mémoire, le premier courant
d’Europe est le Gulf Stream en Atlantique nord.

Un autre phénomène nous interpelle. Le cycle des marées est décalé par rapport à celui de
l’océan et connaît une grande inertie. Ainsi, lorsque la marée est haute en baie de Quiberon
et à l’entrée du golfe, le fond continue à se remplir et le niveau à y monter. Il existe donc un
décalage entre l’heure de pleine mer dans l’entrée du golfe et l’heure de celle-ci dans le fond
du golfe. La marée est haute à Vannes une heure quarante-cinq environ après l’heure de
pleine mer à Port-Navalo. De plus, il existe un décalage entre les heures de marées à l’entrée
du golfe et dans la baie de Quiberon : la pleine mer à Port-Navalo est une demi-heure après
la pleine mer en baie de Quiberon.

Le phénomène inverse s’observe naturellement lors de la marée basse.
Par ailleurs, le courant cessant d’être dans le sens montant lorsque le niveau d’eau dans le
fond du golfe a atteint son maximum, à certaines heures, on peut observer un niveau d’eau
diminuant à Port-Navalo alors que le golfe continue de se remplir et donc le courant d’être
dans le sens montant. De plus, les courants de flot (flux) et de jusant (reflux) ne sont pas
réguliers mais interagissent à l’intérieur du golfe créant ainsi les fameux contre-courants.

Revenons à l’île de la jument… Son nom vient de l’image du cheval que l’on utilisait souvent
auparavant pour décrire les éléments et notamment l’eau, les vagues, l’océan. Ainsi, le
cheval rappelle la force et le côté sauvage de la mer. Cela nous fait penser à l’expression « à
la vitesse d’un cheval au galop » utilisée pour décrire les marées du Mont Saint Michel. On
pense aussi au phare de la jument à Ouessant. Du côté de Tréguier on distingue trois types
de vagues : la jument enragée, la jument blanche et la jument bleue. Les légendes
d’Armorique associent souvent le cheval à la mer : Morvac’h, le cheval fantastique capable
de galoper sur les flots dans la légende de la ville d’Ys, le cheval Mallet dans le pays de Retz
ou en Normandie. Cette association cheval/mer se retrouve également dans toutes les
autres mythologies y compris grecques où le cheval est très souvent associé à Poséidon.
Sur cette île privée, on aperçoit une somptueuse demeure cachée dans les pins. Il est
possible de la louer et de devenir les seuls habitants de l’île et y jouer les Robinsons. L’eau de
pluie est traitée et l’électricité provient de panneaux solaires. Avis aux épris de liberté !
Elle comporte une plage au sud-est. Le mouillage y est toléré et le week-end, de nombreux
plaisanciers viennent y passer la journée. Le fond est constitué d’algues et il faut parfois s’y
prendre à plusieurs fois pour poser l’ancre. Mais, une fois installé, le mouillage est très
protégé contre le vent et la houle.

Plus au sud, se situe l’île de Hent Tenn qui veut dire l’île « du chemin difficile ». Petite île
privée également sur laquelle on peut trouver un calvaire, un garage à bateau et une maison
d’habitation. C’est un véritable paradis pour les oiseaux. Soucieux de préserver
l’écosystème, un jeune couple y rénove la bâtisse pour accueillir des vacanciers et également
des artistes en résidence. Ils ont invité des étudiants dans le champ de l’art pour y faire des
« workshops », des ateliers de travail. L’occasion pour eux de sortir de leur zone de confort
car il n’y a pas d’électricité et tout le monde est installé dans des tentes. Les douches se prennent à l’aide d’un sac de douche. L’eau de pluie est récupérée grâce à une partie de la
toiture de la maison. Des chèvres vont et viennent en liberté sur l’île pour l’entretenir. La fin
des travaux est prévue pour 2021. Il faudra patienter encore un peu … !
Continuant notre navigation en direction de l’île aux Moines, le capitaine en profite pour
nous faire un petit exposé sur la formation du Golfe du Morbihan.

Ainsi, l’origine géologique du golfe du Morbihan remonte à l’ère quaternaire, à la suite des
cycles de glaciation, quand les rivières (4 principales rivières : Auray, Vincin, Vannes et
Noyalo) creusèrent un estuaire profond pour rejoindre l’océan qui s’était retiré environ 120
mètres au-dessous de son niveau actuel. Lors de la fonte des glaces, due au réchauffement
climatique, les parties les plus basses du golfe constituées de marais furent progressivement
recouverte par l’océan pour constituer un grand loch et les parties les plus élevées
subsistèrent sous forme d’îles. Ce phénomène est accentué par des mouvements
tectoniques. Lors de la dernière phase de dégel, le golfe n’avait pas la même étendue que
celle que l’on connaît aujourd’hui. On considère que le niveau de la mer s’est élevé de 4 à 5
mètres par rapport à la période des premiers habitats préhistoriques et de 2 mètres de puis
l’époque gallo-romaine.

Nous nous approchons d’une petite île….encore une !

L’île de Creizic, un écrin de biodiversité grâce à la ténacité de ses propriétaires. Ils ont décidé
de rendre à l’île le visage qu’elle avait autrefois sans ronces ni arbres afin de sauver les 200
espèces végétales recensées et restaurer les potentialités biologiques. Un travail de
reconquête auquel ont prêté leur concours de bûcherons en reconversion professionnelle et
quelques moutons noirs d’Ouessant. Une intervention en milieu naturel très intéressante
mais très difficile car tous les travaux se font à la main.
A l’extrémité est de l’île se trouve une petite maison à peine visible sous les frondaisons.
Cette bâtisse était autrefois affectée à la surveillance des parcs à huîtres. Elle sert
aujourd’hui de pied à terre à ses propriétaires mais avec un confort très spartiate sans eau ni
électricité.
Elle est aussi une réserve ornithologique bénéficiant de la démarche Natura 2000 et une
colonie de sternes niche sur l’île. Il est tentant de vouloir explorer l’île mais outre son
appartenance privée, il est formellement interdit d’y débarquer afin de préserver les oiseaux
pendant la période de nidification.
Laissant l’île de Creizic à tribord, nous nous approchons enfin de l’île aux Moines en surveillant la
carte. Quelques rochers et hauts fonds à éviter !!!

A suivre…
Président ILES ET RIVAGES