Lors de notre journée de navigation précédente, notre parcours nous avait amené jusqu’à Arradon et les îles Logoden.

Nous vous proposons de reprendre notre voyage maritime au cœur du golfe du
Morbihan et de poursuivre vers la rivière de Vannes.

Nous voici à longer la côte arradonnaise. La tour Vincent attire notre attention et
mérite que l’on s’y attarde. Cette tour a été construite à l’idée de Monsieur Vincent, maître des postes à Vannes, dont elle porte le nom. Féru de navigation, il voulait un poste d’observation maritime à l’époque où l’on comptait plus d’une centaine de Sinagots sur le Golfe.
La tour Vincent était le lieu de passage des vaches du manoir de Kerbilouët jusqu’au manoir de Kerrat. « La route de la tour Vincent était à l’époque un chemin de terre, et la chaussée n’était pas encore surélevée. À marée haute, la tour était entourée d’eau, et à marée basse, les vaches passaient par la plage pour gagner le chemin creux qui existe toujours pour aller au manoir de Kerrat ».

Cette tour est l’une des premières constructions de style art déco, très en vogue dans l’architecture des premières villas.

Sous le dôme, la tour présentait des vitraux sur toute sa périphérie. Par la suite, le propriétaire fit construire un escalier extérieur, car il ne pouvait plus monter jusqu’en haut. La tour est restée quelques années sans être entretenue puis le nouveau propriétaire construit une maison attenante. Pendant la guerre, la maison est occupée par les Allemands. Pour eux, c’était une maison de repos et ils aimaient faire du nudisme sur la terrasse qui n’existe plus.

À la suite de ces occupations multiples, la maison est en mauvais état. Dans les
années 1960, des travaux sont entrepris.

La tour est entièrement remaniée. La bulle qui la coiffait et les vitraux disparaissent,
pour laisser la place à un toit conique en ardoises. Elle perd ainsi sa fonction de
poste d’observation. La terrasse est supprimée, pour laisser place à un étage.

Aujourd’hui la tour Vincent est un lieu de promenade bien connu des Arradonnais.

Plus au sud, la plage de Kerbilouet est bien abritée des vents du nord. C’est une
plage familiale de sable fin. Très conviviale et exposée plein sud, elle est idéale pour le farniente au soleil. Avis aux amateurs !!

A la suite, s’étire sur près de 400 mètres la plage de Penboc’h, et la plus belle plage d’Arradon d’après les habitués. Elle est plus sableuse et plus large que les autres plages du littoral d’Arradon.

Un amer remarquable se démarque plus en en contrebas, il s’agit de la Chapelle
Saint Joseph qui fait la fierté des riverains du Golfe.

Nous arrivons à la hauteur de la jetée de Penboc’h. Derrière se dresse la grande
balise verte de Roguedas qui marque l’entrée de la rivière de Vannes. Malgré cette marque tribord, des plaisanciers talonnent tous les ans le rocher signalé. Prière de la laisser à droite !

A l’est de l’embouchure du chenal d’entrée de la rivière, se situe l’île Boëdic.

Beaucoup de fables sont racontées à son sujet. Jadis, Boëdis faisait partie du
continent. Au fur et à mesure des siècles, elle s’en serait détachée. Dans ce lointain
passé, elle aurait été peuplée par des moines. Des silhouettes mystérieuses et
encapuchonnées sillonnaient l’endroit dès l’aube, alors que le brouillard sévissait
encore au moment des prières. Par superstition ou par respect, les simples pêcheurs ne s’y aventuraient pas. Ce n’est qu’au 18ème siècles que l’île fut cultivée par des paysans.

De forme oblongue, elle comprend plusieurs bâtiments dont une chapelle dédiée à Saint Joseph qui sert de repère aux marins à la pointe ouest de l’île. Au début du 20ème siècle, un prêtre y célébrait la messe. Les habitants du continent y venaient en « plates » pour y assister le dimanche. Au nord-ouest de l’île une cale permet l’accès en bateau. On y voit une belle ferme, longère ennoblie par une tourelle rectangulaire.
Dans la partie sud de l’île, une villa dénommée le château par les pêcheurs du coin est composée d’une tour de base carrée adossée à deux élévations de deux étages sur base rectangulaires et construite avec les pierres extraites des carrières du golfe du Morbihan.

L’île avait défrayé la chronique lors du décès tragique de son propriétaire en 2013, Me Metzner, grand avocat parisien. Son suicide avait à l’époque causé une grande émotion dans le Golfe. Me Metzner avait fait réaliser de somptueux travaux. Outre la rénovation de tous les bâtiments, il avait fait installer une géothermie avec un forage de 92 mètres de profondeur. Il avait également fait percer un puits fournissant de l’eau pure.

Le propriétaire actuel est le fondateur et PDG du groupe Fiducial, Mr Latouche.

Ce morceau de terre offre également deux plages privées, dont l’une face au soleil couchant. La second s’achève par une série de rochers, dont l’un émerge de
manière insolite, sculpté, représentant une tête de moine. La légende raconte qu’il s’agit d’un prisonnier, gardé là secrètement, qui aurait voulût garder son empreinte. La réalité est moins romanesque. Le fameux moine surnommé par les marins, « le bigorneau » a été façonné par des ouvriers. Il fut baptisé en grande pompes avec quelques bouteilles de blanc et une jeune fille des îles comme marraine. Depuis cette époque, tout navire doublant le caillou doit donner un coup de corne. Et tout marin doit pratiquer le « coup de l’étrier », boire un verre de vin sans respirer pour que le vent soit bon, la mer belle et le courant portant.

L’île Boëdic est parallèle à l’ile de sené, face au village de la presqu’île de Langle, dont elle est séparée par un espace marin de 350 mètres de large. Nous apercevons de belles villas.

Nous nous engageons à présent dans le goulet entre séné et la presqu’île de
Conleau par lequel la rivière de Vannes et son affluent, le Vincin, rejoignent le golfe du Morbihan.

Sur tribord, une maison rose attire notre regard. Véritable icône du golfe du
Morbihan, elle sert d’amer pour la navigation. Construite et peinte en rose par un ostréiculteur, elle est plantée à l’aplomb d’un quai entouré d’un parc très boisé. La lumière du soir dans cette partie du golfe établit des contrastes saisissants entre les rochers et les reflets bleu et rose des mouvements d’eau. Sa couleur rose étant indiquée par le service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM), elle ne peut être modifiée sur la façade côté mer par les propriétaires.

A cet endroit, la mer est agitée et nous retrouvons les courants violents du golfe du Morbihan.

Nous arrivons dans une zone de mouillage où mouillent 3 magnifiques sinagots : le Joli vent, les Trois frères et le Mab er Guip. De l’autre côté, toujours sur la presqu’île de Langle, à Séné, Port Anna. Lieu emblématique du patrimoine maritime, sa construction date de 1955. Il en émane une impression saisissante de tranquillité. Mais en apparence seulement ! On remarque vite des pêcheurs qui s’activent sur le
quai des Morgates et des gamins qui traversent le port à la godille sur leur plate.

Le port est une escale de la semaine du Golfe, manifestation maritime et terrestre qui se déroule tous les deux ans durant la semaine de l’Ascension. Nous vous en diront plus la prochaine fois…..